Autour des missions, à Saint-Albert, à Sainte-Anne, les sauvages se pressent, la faim les ravage.

Arsous kitsi parpi, l’homme-au-bon-cœur, que pourra-t-il pour eux ?

— Mon Dieu, rendez-moi mes sauvages, laissez-moi souffrir et mourir avec eux.

Et quittant les chantiers, le Père Lacombe reprend sa besace et son bâton de pèlerin. Il a cinquante-six ans, toute son énergie et toute sa jeunesse. Mais il ne reconnaît pas sa route. Dans le district de Castor, sur la colline, le Fort de traite a disparu, le Fort qu’il a sauvé au cours d’une nuit mémorable de l’assaut des Pieds-Noirs[25]. Il y a une rue, des maisons, des marchands ; le fil du télégraphe court de poste en poste.

[25] Janvier 1870.

La Robe-noire est revenue. Kamiyo-atchakwé, l’homme-à-la-belle-âme ! Et de toutes parts les Indiens accourent, ils lui baisent la main avec des larmes dans les yeux.

— Père, le buffle a disparu, et plusieurs de notre nation sont morts de faim ! Toi, qui nous a toujours aimés, prends pitié de notre détresse.

Les sauvages sont désormais parqués dans une réserve, ils ne sont plus libres, ils vont s’anémier, ils vont mourir.

Tout change, tout se transforme.

Plus au sud, aux confluents des rivières de l’Arc et du Coude, Calgary se dresse orgueilleuse. Mais là-bas, au pied des Monts-Rocheux, les Pieds-Noirs attendent, maîtres de l’heure qu’ils ont choisie.