[28] La Bête errante, le Grand Silence blanc, 2 volumes. Ferenczi, éditeurs.

Sulpice La Berge et Gregory Land ! Fidèles compagnons, amis sincères ; mes courses de Dawson à Eagle, de Circle-City au placer de Last-Chance. La descente du Yukon, la Porcupine et la rivière Plumée où j’ai failli mourir ; les Barren Grounds, les terres désolées et le delta du Mackenzie : les chiens courent sur la piste, un halo monte dans la transparence du ciel, ses hachures descendent comme une pluie de feu, flammes rouges et vertes, dans une circonférence se forme une croix.

La croix de mort qui veille sur les champs de l’éternel repos ? ou la croix d’espérance qui mène les hommes vers Dieu ?

Faut-il renoncer ?

Faut-il croire ?

J’ai posé l’interrogation à mon âme civilisée. Cette âme qui était si fière d’un peu de science amassée, qui se croyait « pas comme les autres » et souvent « plus que les autres ».

Dans la faim dévorante de savoir, dans la folie de ses vingt ans, elle était allée aux extrêmes, hurlant avec les loups.

Quelle misère !

Mais dans les solitudes du grand silence blanc, j’ai senti peser sur moi l’angoisse du problème à résoudre. Et, dans ma détresse, devant l’immensité qui m’entourait, seul à seul avec Dieu, j’ai retrouvé ma route.

Je suis sorti meilleur, exalté de l’épreuve et si je suis revenu dans le tumulte des villes, j’ai du moins la paix religieuse du cœur.