Magie des aurores boréales, longues nuits polaires, secondes où ma vie coulait peu à peu, misère, dénûment, privations, j’ai tout connu sans jamais regretter.
Je vous ai rencontrés, hommes-de-la-prière, sur les pistes glacées, souffrant de notre souffrance, pleurant sur nos péchés.
Et c’est depuis que je vous aime, Mgr Grouard, Mgr Breynat, Père Falher, Père Lefèbre, Père Moulin, Père Pétour, Père Blanchin, tous ceux, tous ceux, tous ceux qui ont sacrifié les forces vives qui les animaient pour le salut des mauvais garçons que nous sommes.
Depuis lors ? Non, après, bien après. La germination a été lente, l’assimilation longue, l’élaboration secrète.
Lentement, le grain de sénevé est sorti de sa gangue. Ce fut longtemps une tige fragile avant d’être un épi.
Il me souvient, j’entends la voix de mon ami :
— Freddy, mon garçon, vous êtes bien le plus insupportable Français de France que je connaisse…
J’ai joué avec mon chien. Mon chien dort. Sulpice La Berge fume sa pipe et crache.
Puis sa pipe meurt, il la tapote sur le talon de son mocassin, la fourre dans sa poche et dit :
— Du reste, les Français de France, c’est tous des drôles d’corps, turluro-turlurette, ça piaille comme de la volaille et ça crie à la liberté, la liberté pour soi mais pas la liberté des autres. Déplante-toi de là que je m’y mette. Ça veut crâner même avec le Bon Dieu. Ça naît, pour le moins, socialiss’ et révolutionnaire, mais dès que ça a quatre ans, ça joue au soldat. Ça trépigne : « Je veux de la poudre et des balles… »