Il sort sa pipe, la bourre du pouce, prend un tison, tire trois bouffées et demande :
— Voyons, quoi qu’elle a fait, vot’ civilisation ?
— Mais, Sulpice, l’électricité, le radium, les automobiles ?
— A quoi qu’ça sert d’avoir des « chars » ? On arrive toujours au but. Ma chandelle me suffit pour voir les lettres de mon Evangile, et vot’ radiquoi, radico, radi, que les cinq cent mille diables l’emportent : j’sais-t’y ce que c’est, moi, et d’abord à quoi qu’ça sert ?
Sous sa grosse malice, je sais, parbleu, qu’il a raison et notre pauvre humanité n’est ni meilleure ni pire, — pire peut-être, puisqu’elle se crée sans cesse de nouveaux besoins.
Des progrès techniques, certes, mais des progrès moraux ? Oserai-je soutenir à Sulpice La Berge, Canadien français, que sur la machine ronde nous en ayons accompli un ?
Et la dispute dure des heures. Soudain, Layellé parle, Layellé dont nous avions oublié la présence auprès du poêle.
— Depuis le jour où le Fils a aperçu la petite île[29], et où il a dit en chantant — les Peaux-de-lièvres ont conservé ce chant :
[29] La terre, que les Indiens croient une île ronde.
« O mon Père, assis en haut, allume donc le Feu céleste car les hommes sont malheureux.