« Le Grand Esprit a donné le Feu, mais les hommes n’ont pas eu le bonheur.
« Ils n’auront jamais le bonheur.
« Ils sont tous pareils au corbeau.
« Au temps où l’homme parlait comme le chien, le corbeau était le plus bel oiseau qui jamais ait volé dans le ciel. Il avait la plus belle voix et son chant charmait la terre.
« Mais l’orgueil lui vint de ses plumes et de sa voix.
« Il disait partout : « Je suis le plus beau des oiseaux. » Et cela irrita, à juste raison, les autres oiseaux : la gelinotte, l’alouette, le linot, la buse, le faucon et le grand aigle qui vit au creux des monts. Et comme le corbeau chantait, ils se précipitèrent sur lui, le prirent par le cou et, le tenant ainsi, ils le plongèrent dans le charbon.
« Le corbeau se débattait, il essayait de crier, mais sa gorge était trop serrée.
« Enfin, ils le lâchèrent et le corbeau, traînant ses ailes, regagna son nid, sur le haut d’un peuplier, mais, depuis ce jour, il est tout noir et sa voix ne pouvant sortir, il fait « croa, croa, croa ».
Et Layellé s’arrête de parler.
Doucement, un à un, les grains glissent sous ses doigts.