La croix de Mgr Grandin étend ses bras sur la solitude des terres désolées.

Aurore de la divine moisson. Là, le Père Grollier rencontre pour la première fois la tribu des Esclaves refoulée par les guerriers du Sud[31].

[31] 14 août 1858.

Puis Mgr Grandin arrive ; sur la falaise dominant le tumulte des eaux, il dresse une tente de toile, seule richesse de cette pauvreté.

De ses efforts une église naît. Lui-même, n’ayant pas de truelle, prend de la boue à pleines mains, la pétrit et la lance avec force contre le mur.

Et le palais épiscopal s’élève. Il a vingt-deux pieds carrés, pas de plancher et pas de porte, ni lit, ni chaise ; la course des étoiles dit la marche du temps.

Pas d’outils pour travailler, pas de papier pour écrire, on mange quand on a faim, ce que l’on a : un corbeau, deux belettes, un vieux chien… Un lumignon qui flotte dans l’huile de poisson, met une lueur fumeuse dans la nuit.

Longue lutte de tous les jours, de toutes les heures. C’est la misère du Christ, sa nudité et sa souffrance.

Les Esclaves méprisent cet évêque en haillons — ils s’éloignent. Mais le « grand-chef-de-la-prière » saute dans un canot en écorce, les poursuit, les rejoint, les harangue :

— Je viens de la part de Dieu pour vous enseigner le chemin du ciel. J’ai appris combien vous êtes malheureux dans cette vie si courte, et je voudrais, au moins, que vous soyez heureux dans une vie qui ne finira pas.