Pour vous, j’ai quitté la maison de mon père.
Voyez mes mains ! elles sont crevées d’ampoules, durcies par le travail ; je bâtis pour vous la maison de Dieu et vous me laissez seul. Vous aussi, vous mourrez et vous rendrez compte à Dieu de votre mauvaise vie, et du mépris que vous avez eu pour son envoyé.
Ah ! vous vous plaignez que je ne vous donne pas de tabac. Vous irez fumer avec les mauvais esprits, malheur que j’aurais voulu vous éviter.
Alors un vieillard de la tribu se lève et dit :
— Père, ne juge pas nos cœurs par nos paroles. Nous sommes des enfants et nous parlons comme des enfants.
Nous ne te connaissons pas. Quand on nous a parlé de toi, nous supposions que, comme les autres blancs, tu désirais les peaux des animaux que nous tuons et qu’en retour tu nous donnerais du tabac et les autres choses des blancs.
Les autres blancs viennent à nous comme les maringouins. Un maringouin arrive, suce le sang, puis s’en va. Voilà ce que font les étrangers qui viennent dans notre pays. Ils nous arrachent ce que nous avons et ensuite on ne les revoit plus, mais toi, nous voyons maintenant ce que tu es et nous allons te suivre.
Et le retour fut grand et la moisson fut belle.
L’ardent apôtre, évêque de Satala à 28 ans, — in partibus infidelium — dont l’âme use le corps — parcourt le pays blanc. De la rivière au Sel au lac Caribou, de la Saskatchewan au Mackenzie, il évangélise les Pieds-Noirs et les Cris, les Esclaves et les Plats-côtés-de-chiens.
Pouilleux, hâve, chétif, harassé, il va, les yeux saignant du mal des neiges, les genoux brisés par le mal des raquettes.