Thvéra est loin derrière nous. Nous chevauchons enfin une terre moins ingrate, mais c’est le diable de mener les poneys. A chaque instant, ils s’égaillent comme un vol de linots. Ils prennent le galop, ce qui leur donne le temps de s’arrêter pour tondre une touffe d’herbe ; dès qu’ils nous sentent derrière eux, les voilà repartis. Mais les uns tirent à droite, les autres prennent à gauche. Nous en ramenons deux, trois en profitent pour se sauver.
Coups et cris les remettent en ligne, et les voilà menant un train d’enfer, la tête au ras du sol, coupant au passage un brin d’herbe.
Le terrain devient raboteux ; l’herbe est galeuse, râpée comme un tapis centenaire.
Les « trapps », les bandes trachytiques, les hérissements des roches basaltiques, la stratification grossière des tufs se succèdent et calment l’ardeur des chevaux.
Soudain, monte un grondement ; c’est un roulement lointain qui, au fur et à mesure que nous avançons, se renfle. L’écho nous l’apporte amplifié.
Je presse mon cheval et, debout sur le roc primordial, je vois à mes pieds la chute de Godafoss, une des plus célèbres d’Islande.
Les eaux courent sur les rochers, polis depuis les premiers âges du monde, et tombent.
La chute affecte une forme qui rappelle celle du fer à cheval (la Horse shoe) du Niagara.
Et le courant se perd entre les parois de basalte.