Miracle ! il y a un pont.
Mais les poneys, peu accoutumés, refusent de passer… Quelques-uns, par habitude, descendent sur la rive ; nous avons toutes les peines du monde à les empêcher de se jeter à l’eau.
Enfin mon poney gris, le plus jeune, s’engouffre sur l’étroit passage ; le bruit de ses sabots frappant le bois l’effraye, il fait un brusque écart… J’ai juste le temps de sauter, il est au bord de l’abîme, la frêle barrière craque déjà… S’il recule d’un pouce, il est perdu.
Je lui parle doucement, caresse son encolure… la bête frémissante me suit. Ses quatre membres tremblent par secousses brèves.
Ljosavatn, oasis de cet enfer, eaux calmes du lac dans la paix reconquise, eaux d’un bleu clair avec des violets presque mauves. L’ombre de la montagne qui s’y reflète est d’un violet plus sombre.
Des bouleaux nains bordent le lac.
Ljosavatn, joie des yeux, joie du cœur.
Il y a des pluviers par centaines. Les pluviers animateurs de la triste campagne islandaise, qui précédant nos chevaux, poussent leur monotone spo…é… Ils voltigent autour de nous, ignorant la barbarie des hommes, se posent avec grâce, leurs longues pattes repliées ; l’un, plus téméraire, se juche sur le crâne d’un poney, puis étendant ses ailes pointues reprend son vol et son cri… Spo…é… spo…é.