Chalutiers français, goélettes norvégiennes, cordiers des Féroé, vapeurs anglais, pêcheurs de harengs ou pêcheurs de morues, se hâtent, profitant de la belle saison.


Je suis tout étonné d’être debout sur une place, d’aller et de venir. Je retrouve la rue ainsi qu’une vieille amie après une longue absence.

Mes pieds frappent le sol comme pour en prendre possession.

Je passe fier, bombant le torse, indifférent à tout ce qui n’est pas ma satisfaction personnelle.

Des maçons s’affairent sur leurs échafaudages, des charpentiers clouent des poutrelles, des paysans vont au trot de leurs chevaux, la sirène d’un cargo hurle, il y a du bruit, des cris, des appels, des chansons et des rires. La vie grouille, la vie est belle !


Non, la vie n’est pas belle, la civilisation a gâché ma joie. Laissant Einar à ses fonctions de fourrier, je cours à la station postale.

Il y a des centaines de lettres qui attendent les marins de tous les pays ; toutes ont une écriture hésitante, lettres de maman, lettres d’épouses, lettres de fiancées ; plusieurs lignes : le nom du gars, celui de son bateau, aux bons soins du capitaine… Des cachets ronds attestent qu’on a cherché le matelot de Rejkjavik à Seydisfjord, de Seydisfjord à Blondüos, de Blondüos à Akureyri…