Morue, eau claire. Salut à l’hôte. L’église s’efface derrière un mamelon ; nous descendons, voici le fleuve.
Je sors de l’eau les maxillaires crispés. Le froid me gagne ; mon corps a des secousses brèves.
Les vallées se succèdent, désolées, arides, chauves, avec au fond l’inévitable rivière.
En dix kilomètres, nous la traversons trois fois.
Un baer est tapi au creux des rochers, une maigre pelouse l’entoure. La paysanne, debout sur le seuil de sa porte, m’offre un bol de lait, que j’absorbe sans quitter ma selle. Si je descendais, je n’aurais jamais le courage de remonter.
Et nous allons ainsi pendant treize heures, sans un mot, sans autre bruit que le pas des chevaux sonnant sur la croûte de lave.
Je n’ai plus de crainte au cœur, de mauvaises pensées à l’esprit.
Ce qui est écrit au livre de Dieu est écrit.
Il est minuit. Un ciel gris-perle est tendu sur nos têtes, des oiseaux passent dans un vol silencieux, des linots sautillent, des linots au ventre blanc qui n’émigrent jamais, même pendant les froids noirs de l’hiver… Ce soir, dans la clarté polaire, ils sont heureux. L’un d’eux se perche entre les deux oreilles du cheval de file. Son petit corps suit le balancement de la marche.
Eux et nous sommes les seuls êtres vivants de ce paysage de mort.