Sommeil troublé du cauchemar de la vie qui se hâte, cris et jurons, sifflets des usines, trompes des automobiles, timbres énervants des tramways…
Trépigne, piétine, cours, passant imbécile ! Le trou bâille, la mort te guette avec le crochet du père Ubu : dans la trappe… dans la trappe… et sur ta vie frelatée, la lourde pierre, la décomposition des bouquets misérables et des couronnes qu’entre-choque le vent qui grince !
Petit cimetière de Bakki aux tombes herbues, je voudrais dormir sous ta terre primitive qui n’a jamais connu la misère des hommes.
Dormir sous ta neige polaire, dormir sous l’herbe jeune de ton printemps si court, dormir devant la porte du logis où l’on est né, où l’on a grandi, où l’on a aimé, où l’on a souffert.
Sur le talus du mont, des milliers de violettes.
Dans la petite église de Bakki, il y a, dans le chœur, un retable où un artiste naïf a représenté le Seigneur et les saints. Un pinceau appliqué a tracé une date : 1702.
Le pasteur, qui est aussi le paysan, a mis la laine de ses moutons à sécher sur les stalles ; sur la chaire, son vêtement du dimanche.