Là-bas, sur l’autre rive, la masse formidable du Vindheimarjokul. Ici, l’immense jaillissement glaciaire du Tunahryggsjokul ; devant nous, le Myrkarjokul.
Nous sommes les humains errants de l’époque néozoïque ; rien ne viendra compenser notre peine.
Du ciel bas, la pluie tombe ; l’horizon se rétrécit et nous enferme dans un cercle glacé. La fatigue du corps tue la bête qui bourdonne dans le cerveau. Nous descendons, au pas de nos chevaux, le flanc du mont aux roches lisses. Nous descendons aussi peu à peu en nous-mêmes, éteignant toute pensée, et du fond de la vieille terre monte le limon ancestral qui trouble l’eau de notre âme… La croûte de civilisation tombe et la brute réapparaît ; je ne sens plus le vent qui glace, la pluie qui coule dans mon cou ; je vais, comme les autres allaient, des jours et des jours, sous l’éternelle menace des fauves et des éléments, avec la double préoccupation de trouver un abri, une proie.
Mais Dieu a pitié de ma détresse. Dans la brume, une tache rouge et blanche apparaît et grandit. La parole du Galiléen est venue jusqu’ici accueillante et consolatrice.
L’église de Bakki est en bois badigeonné de blanc. Son toit est une coiffe de tôle ondulée passée au vermillon.
Au chevet de l’église, devant la porte du baer, il y a le cimetière.
Il doit être doux d’avoir ainsi devant les yeux, tandis que l’on travaille, ceux qui nous ont été chers et qui nous ont quittés pour dormir « du sommeil de la terre ».
Ils sont moins lointains, moins partis.
Le bonheur vrai est ici, loin des batailles après pour un pain quotidien relatif, loin des villes tumultueuses. Nos grandes nécropoles sont un blasphème, monuments ostentatoires, couronnes effilochant leurs perles, fleurs de zinc découpé, fausse pudeur, hypocrisie, mort fardée…