— On va donc encore plus loin ?

Péniblement, il se soulève, repart… Nouvelle station, nouveau regard, nouvel appel…

Je saisis la bête par la peau du cou, je la hisse et la place en travers de ma selle, devant moi.

Soudain, je sens une impression très douce à ma main gauche. A petits coups de langue, Fjord me dit : merci.


A droite, deux lacs : deux émeraudes. Mais la brume monte avec nous. Elle nous entoure, elle nous enveloppe, elle nous prend ; nous la voyons courir à ras de terre. Nous allons au petit bonheur, à tâtons. Puis, sans raison, elle s’en va et j’ai devant les yeux le spectacle le plus poignant qui soit.

Je suis au haut du mont. A mes pieds, le fleuve décrit un gigantesque huit ; la vallée, très fertile, est tachetée de carrés verts. Entre les deux boucles du fleuve, le baer, endormi.

Fermant la vallée, une muraille se dresse, couleur de rouille, et sur la muraille, à l’horizon, le soleil roule sa boule énorme et sans rayons, et, au-dessus du soleil, il y a le cercle impeccable de la lune.

La descente s’accomplit, périlleuse, en lacet ; parfois la montagne est à pic. Les chevaux surmenés donnent un suprême effort ; la prairie les attire. Les pauvres bêtes n’ont rien dans le ventre depuis le matin.

Le chien fourbu s’endort à mes pieds, tandis que je griffonne ces notes, mon carnet sur les genoux.