Enfin le glacier est là, prodigieux, splendide ; en face, il tombe à pic dans l’eau, tandis que, sur la gauche, il meurt en pente douce. Des crevasses bâillent, puis c’est l’étagement des glaces qui prennent à nos yeux des formes fantastiques : clochers de cathédrales, palais asiatiques, longues théories de personnages vêtus de toges, acropoles grecques et burgs allemands accrochés au rocher, colonnades de temples dans une perspective infinie…

Hélas ! nous n’avons plus les belles nuits de lumière, l’ombre descend, estompant l’horrible beauté et, tandis que nous nous endormons sous la tente, cependant que la neige tombe en rafales, nous entendons un bruit semblable à celui que feraient plusieurs batteries qui tireraient ensemble : c’est un pan de glacier, lentement miné par les eaux, qui s’écroule et que le fleuve émiette et emporte dans une longue procession.


Au matin, le brouillard a mangé la montagne. Il ne reste plus rien. La veille on a rêvé, alors ?

Non. Les bruits sinistres continuent, attestant que, dans l’ombre, la poussée du glacier se poursuit.

Et voici que, venue d’on ne sait où, une pluie de cendres tombe, fine, impalpable, mortelle.

Il ne fait pas bon s’attarder. Les chevaux effarés tremblent de tous leurs membres, le vent souffle en tempête, le sable et la cendre rouge nous fouettent le visage. Mille aiguilles trouent ma peau, mes yeux saignent ; les poneys aveuglés hennissent de douleur.

Désert, fleuve qu’on retraverse ; on file accompagné par les mauvais esprits, gardiens de ces lieux interdits…

Dans la hurlée de l’ouragan, c’est le retour sans gloire.