Sur la terre mouillée, on s’endort bercé par l’énorme chanson.
IX
LA FOLLE RANDONNÉE
Au matin du troisième jour, c’est la folle randonnée sur Hvitavatn à travers le désert, le désert absolu, le congloméré de cendres et de pierres rondes, sans un pouce de végétation. C’est, à perte de vue, l’immensité grise coupée par des sables rouges que le vent soulève en tourbillon.
Et le monstre apparaît derrière les bizarres montagnes crénelées que les Islandais appellent « les chapeaux du Baron ». C’est une ligne livide, imprécise encore, mais effrayante déjà : le Lonjokul, le long glacier, vers lequel nous marchons.
La Montagne Bleue nous barre la route de sa masse abrupte. Nous la contournons pendant cinq heures. Nous allons d’un train d’enfer sur un terrain abominable.
Un ravin s’ouvre, crachant une eau torrentueuse. Nous franchissons et l’eau et le ravin ; nous retrouvons la Hvita, qui coule, à notre droite, blanche dans son lit noir.
Plus on remonte vers sa source, plus elle s’élargit. Elle surgit du lac formé lui-même par le glacier.
Ici, elle a quatre cents mètres d’une rive à l’autre.
Le vent fait rage, soulevant sur les flots de véritables lames courtes, et cependant il faut passer.
Et nous passons pour retrouver le désert de pierre et de sable, puis une herbe marécageuse.