Dans la mer s’engloutissent les cinq promontoires escarpés du grand Nord-Islandais : Ritr, Straumnes, Kogr, Heljarvikrbjarg et Horn.

Nous sommes seuls sur une embarcation fragile, livrés au caprice de Celui-qui-nous-mène.

Mer grosse et dure. Nous gagnons difficilement au vent, mais le moteur ronronne, régulier, monotone.

Mon camarade, un Norvégien aux robustes épaules, fixe de ses yeux clairs un point, droit devant lui. Rêve léger qui monte et se dénoue ? Peut-être ? Peut-être aussi repos complet de l’âme dans un corps sain, d’une âme que rien ne trouble et qui ne cherche pas de jouissances loin des buts immédiats et des réalités.

Et moi qui veux toujours connaître le pourquoi des choses, je voudrais savoir.

Derrière le front de cet homme, qu’y a-t-il ?

Sais-je seulement ce qui est en moi-même ?

La philosophie de ma race se dresse, vivante, dans le tumulte de mes pensées. Je fais les mouvements qu’il faut, par réflexe ; le canot bondit à la crête des lames, et mon cœur est crucifié à la proue, mais le vent du large le sanctifie. Je l’ai conduit, ce cœur passionné, sur toutes les routes humaines, hors des sentiers accessibles aussi.

Pèlerin d’un siècle moderne, il vient de descendre aux enfers sans avoir près de lui la vigilante amitié de Virgile ; il est remonté à la lumière du jour, meilleur, exalté par l’effort.

Nous sommes d’une génération qui veut aimer et qui veut vivre, qui veut comprendre surtout pourquoi elle aime, qui elle aime.