Les lottes, les flétans, les halibuts, dont certains ont plus de deux mètres, sont mis à part.

Alors que le Norvégien, l’Anglais, l’Allemand font profit de tout, le matelot de France a l’orgueil de sa pêche, qu’il veut pure et sans tache.

Un poisson de trop courte taille, houp ! un geste par-dessus bord.

Et l’avalanche des morues roule avec un bruit sourd dans la cale, la saumure odore fort.

Dans un coin du gaillard d’avant, deux mouettes, aux ailes rognées, piquent du bec la chair nacrée d’une raie.


La morue, c’est la vie de ces hommes… La mo-ue, prononcent les Yportais et les Fécampois. Et ce mot revient, comme une obsession, dans toutes les phrases ; tout y conduit, tout y ramène…

La mo-ue, la mo-ue, les rudes heures de Terre-Neuve ou d’Islande, les sales coups de chien, les brumes traîtresses, les doris perdus, une poche de chalut qui rafle deux mille poissons, la rivalité des pêcheurs « à la ligne » et des « chalutiers », les éternelles histoires du banc… « Quand j’étais sur le banc… »

Aller aux bancs, c’est l’espoir de tous les moussaillons qui sont ici ; ils savent ce qui les attend, la vie rude, la discipline sans pitié, qu’importe !

— « L’an prochain, j’irai aux bancs ! » m’a dit le mousse de l’Yport, un gars de treize ans aux yeux illuminés de fièvre.