Il a imaginé une excursion à la pointe du fjord… une excursion à poneys. Et nos marins, heureux d’être en bordée, ont une joie d’enfant. Ils enfourchent sans crainte les bêtes robustes.

Nous voilà partis : Deshayes, capitaine de l’Yport, Friboulet, maître de pêche à bord du Cap-Fagnet, Pelletier, capitaine du Somme, Maillard, capitaine du Normandie, Guimy et moi ; pardon, j’oubliais le long Einar, qui ferme la marche, monté sur un poney qui a l’air d’un monstre à six pattes.

Notre cavalcade met en émoi, par ses appels et ses cris, la paisible cité. La traversée de la ville est correcte, mais, dès qu’on aborde les montagnes, les poneys prennent le galop pour le plus grand dommage de messieurs les capitaines, qui roulent et tanguent effroyablement.

Deshayes, résigné, a lâché la bride et se cramponne éperdument au pommeau de la selle.

Les gorges grondantes d’eaux qui jaillissent et tombent, les rochers de basalte taillés à pic, l’eau du fjord qui miroite, étranglée dans la passe, l’océan qu’on aperçoit là-bas, opale sertie d’azur, ils ne voient rien dans la course qui les emporte…

Nous gravissons la pente escarpée du mont ; un coude cache le fjord et la mer océane et, sur le plateau, nous avons la surprise de la neige, une neige pleine de reflets bleus, belle, attirante, immaculée.


Tandis que les chevaux allaient à l’aventure, cherchant à découvrir de maigres saxifrages, les marins ont joué comme des galopins qui font l’école buissonnière.


L’ordre est venu par T. S. F. Le Somme est parti hier soir. Le Normandie appareille. Le capitaine Maillard, redressant sa courte taille, est partout, sur la passerelle, sur le gaillard d’avant, aux machines. Sa figure énergique est dure, qu’adoucit la flamme de ses yeux.