On se reverra ? Pardieu, je l’espère, en France, ou qui sait là-bas, quelque part dans un port du monde…
Peut-être aussi jamais ; l’au revoir du marin est toujours un adieu.
Sait-on jamais avec la mer ?
— … Oui, oui, j’arrive.
Je lance mon sac par-dessus bord et, d’un saut, je franchis le bastingage.
Je rejoins Le Gall. C’est drôle, mon sac paraît plus lourd, plus lourd de toutes les misères passées, de toutes les détresses qui viennent.
La femme d’Einar Jonson est une madone florentine, une madone aux prunelles d’un gris bleu, très doux, très tendre, que frangent des cils longs et recourbés.
Sa chevelure est une gerbe sous le soleil de messidor. Depuis hier, je suis son hôte. Elle va et vient, active ménagère ; lorsqu’elle s’assied, elle brode des arabesques avec du fil d’or sur du velours noir.
Elle est toute douceur et toute indulgence ; mais lorsque Einar s’attarde ou ne rentre pas, ses yeux sont des mers minuscules où monte une brume douloureuse.