Un vol d’eiders passe, triangulaire.
Marche pénible dans les éboulis. Enfin, voici la terre, une terre molle où l’on enfonce.
Sur la droite, dans une lagune, les eiders sont par centaines. Les mâles, tête et queue noires, ventre blanc, surveillent les nids, creusés les uns à côté des autres, où les femelles, grises et brunes, couvent.
Les oiseaux, ignorant la méchanceté des hommes, me laissent approcher. Ils tournent vers moi leur prunelle ronde et inclinent le cou.
Quelques mâles volent au ras des eaux… Deux femelles quittent leur nid et sous un fin duvet j’aperçois les œufs, de œufs à coquille verdâtre, deux fois gros comme ceux d’une poule.
Ce duvet si rare, si cher, elles l’arrachent de dessous leurs ailes afin de protéger du froid les futurs petits, aussi pour les soustraire à la vue des hirondelles de mer, qui tourbillonnent par milliers, criardes et rapaces.
Je monte l’appareil cinématographique, je mets au point. Je tourne un ensemble. Rien ne bouge… Je me rapproche davantage pour « faire un premier plan », les palmipèdes posent devant l’objectif comme des bêtes apprivoisées dans un studio.
Le baer, la ferme est là, sur la rive nord. Les cartes marines l’appellent Nes, les Islandais Lodmundar.