C’est le classique baer, pareil à ceux que je vais rencontrer, égrenés le long de ma route, au cœur de l’Islande.

Le bois est une chose précieuse ici, il faut l’économiser et l’employer avec parcimonie. La façade seule est faite de sapin, le toit est coiffé de gazon. Les murs, de soixante centimètres à un mètre d’épaisseur, sont en terre. Le sol est de terre battue.

Il faut franchir le seuil en se courbant, le rez-de-chaussée est en contrebas ; par des couloirs sombres où l’on marche en tâtonnant, on aboutit aux différentes pièces : la cuisine, large et accueillante ; la chambre, où père, mère, grands-parents et enfants couchent en des lits étroits ; un seul drap les recouvre, mais il y a l’édredon d’eider dans lequel on se love lorsqu’il fait très froid.

Les lits, sans aucun art, montants de bois ajustés, sont extensibles en longueur et en largeur.

Lits délicieusement inconfortables, que vous m’avez semblé doux dans la tiédeur de la chambre, après les dures nuits passées à dormir sur la neige !

… Mais, donnant sur l’extérieur, il y a une pièce qui est l’objet des soins particuliers de l’hôtesse : c’est le salon de réception, où l’on vous accueille dès que vous vous présentez, sans jamais vous demander ni qui vous êtes, ni d’où vous venez, ni où vous allez. L’hospitalité est un droit immuable. L’hôte est sacré. Ce qu’il y a de plus beau et de meilleur dans le baer est à lui, et les maîtres sont, pour lui, des serviteurs.

La salle des hôtes est planchéiée, les murs sont en lames de sapin nues ; là le canapé, le fauteuil, la commode sur laquelle sont des vases minuscules et de menus objets-souvenirs ; là aussi des cadres avec les photographies des parents, des amis.

Les murs sont sans ornement, parfois une gravure les anime. Un saint, une sainte, chromos criards venus d’Allemagne, ou reproduction d’un tableau. Jeanne d’Arc et Napoléon disent la gloire de la France, et j’ai eu deux fois la vision de l’Angelus de Millet.

Cet Angelus, que j’avais rencontré voilà bien des années déjà aux dernières marches du monde, tout là-haut, aux rives du Yukon, dans les champs glacés d’Alaska, je le retrouve ici, à la place d’honneur, dans une humble ferme, paysans ayant compris ces paysans courbés sous le souffle de Dieu qui passe avec la voix des cloches…

Le baer de Nes est une pauvre chose. Planté de travers pour résister aux vents du large, il s’ouvre sur la montagne qui se dresse, immédiate et hostile, noire de basalte et blanche de neige ; c’est l’horizon de ces hommes qui vivent et mourront là.