Trois heures, nous allons ainsi dans la brume.

A perte de vue, la neige que tache, de loin en loin, la silhouette conique d’un cairn de rochers élevé par les hommes pour jalonner la route.

Une somnolence envahit mon âme ; je laisse aller ma bête qui arrache une à une ses pattes à l’étreinte glacée. Elle va avec prudence.

Pour s’être écarté, le poney qui porte mes bagages disparaît dans un trou jusqu’au garrot. Seul, il se dégage et suit le cheval d’Einar, en ayant soin de mettre son sabot dans le trou creusé par le sabot de son camarade.

A gauche, proche, la teinte verte — un vert laiteux d’opale — d’un lac.


Nous voici sur l’autre versant. Tout au fond, le barrage énorme d’une ligne noire, les montagnes qu’il nous faudra franchir demain.

Dans la vallée, le lit fantastique d’un fleuve, le Lagarfljot, qui descend directement de l’immense réservoir du Vatnajokul et va, à travers la vallée glaciaire, se jeter dans l’océan Arctique dans la large baie de Hjeradsfloi, entre les pointes de Kollumuli et de Kogr.