Je m’arrête pour les faire souffler et, en me retournant, j’ai la surprise d’apercevoir au premier plan la mer des nuages et là-bas, tout au fond du fjord, la cité qui se chauffe au soleil.
Plus que jamais, la ville a l’aspect d’un ménage de poupées qu’un enfant capricieux aurait rangé au bord de l’eau pour jouer un moment.
Là, cependant, demeurent quelques centaines d’hommes vivant chichement du commerce de la mer.
Bientôt, les froids descendus du nord viendront, qui revêtiront de glace les hautes montagnes montant la garde de chaque côté du fjord ; la passe elle-même sera prise sous l’étreinte du monstre. La petite ville attendra, calfeutrée, les beaux jours.
Les beaux jours pareils à ce jour de juin riant de soleil, où je m’en vais vers le mystère des terres inconnues.
Pour moi, cette ville était le port d’où je pourrai gagner avec un peu de patience, l’autre port, là-bas, vers l’ouest…
Je pourrais encore revenir sur mes pas, renoncer à mon dessein. Je pourrais…
La montée s’achève, nous tournons ; brusquement, la petite ville disparaît, cachée par le pan d’une muraille couleur de rouille.
Nous cheminons sur le plateau. Les chevaux ont de la neige jusqu’aux étriers.