D’un saut, je suis en selle ; je monte un poney gris-fer, à la crinière épaisse, à la queue traînante, un poney qui de profil ressemble à ces chevaux qui sont sculptés en bas-relief au Parthénon.
La bête est vive. Dès qu’elle me sent sur son dos, elle file comme un trait ; j’ai juste le temps de saluer une fois encore Mme Einar qui, triste et douce, se tient sur le pas de sa porte, debout auprès de ses enfants.
Le pont de bois gronde sous notre galop, quand nous passons. A gauche, l’hôpital français profile son toit rouge ; à droite, l’église dresse son clocher qu’on badigeonne en vert ; là-bas, au bord de l’eau, flotte au sommet d’un mât la flamme tricolore. Cet ivrogne de Guimy a des attentions touchantes. Il lui sera beaucoup pardonné…
Nous suivons la rivière qui, en bondissant, descend vers le fjord. Le chemin est herbu, le sabot des chevaux s’enfonce dans la marne.
Voici, pour la dernière fois, le petit cimetière. Tout est calme dans l’enclos de la mort. La croix de bois grise veille, solitaire, le marin qui vint un jour de France pour mourir là…
Il est une heure. Nous gravissons, au pas, la pente du mont basaltique.
A deux heures et demie, nous rencontrons la première neige. Et bientôt les flocons tombent drus, en même temps qu’une brume nous enveloppe : les nuages.
Nous escaladons la montagne qui se dresse à présent presque à pic. Les poneys vont sûrement, se hissant d’un coup de reins, tâtant le terrain du sabot avant de s’engager.