Pendant des mois et des mois, c’est lui qui a veillé sur le lourd sommeil de l’homme. Il attendait, assis sur son arrière-train, que le roi de la création eût la force de se tenir sur ses jambes. Parfois aussi sa patience était lasse ; alors il trottinait à la recherche de quelqu’un qui voulût bien le suivre et ramener son maître.
Au départ, il aboyait en tournant autour des chevaux ; maintenant il va, court, vient, repart, chasse devant lui les moutons qui détalent, fait trois fois le chemin, jappe et saute aux naseaux des poneys.
Dans la neige, tout à l’heure, il s’enlisait. Je l’ai mis sur le devant de ma selle, il a tourné vers moi son œil railleur, puis a léché ma main qui tenait les rênes.
Le Lagarfljot a les honneurs d’un pont, surprise que je ne retrouverai pas de longtemps dans ce damné pays.
Celui qui franchit le fleuve est en bois, armé de trente brise-glace.
— Où est le village, Einar ?
— Le village ?
— Oui, pour l’étape.
Et l’homme montre un point à l’horizon.