Un paysan a pris Fjord, mon chien, en croupe. C’est un drôle de bonhomme vêtu de toile kaki, le chef recouvert d’un chapeau de paille et tenant une badine à la main.
Mon esprit se remémore aussitôt l’homme qui portait un chapeau de forme, là-bas, aux marches d’Alaska…[1]
[1] Voir Le Grand Silence blanc, Ferenczi, éditeur.
Les poneys ont de la neige jusqu’au poitrail.
Notre caravane s’avance sans un bruit. Une torpeur accable bêtes et gens.
Il y a deux heures que nous allons ainsi ; il faut neuf heures pour traverser le plateau de Fljotsdalsheldi. Je décroche le thermomètre qui pend à l’arçon de ma selle, j’efface la buée, le chiffre apparaît.
— Moins dix.
Allons, ça va…
Et dire qu’à cette heure je pourrais être si tranquille dans mon pigeonnier parisien. Il doit faire une nuit tiède, piquée de mille étoiles ; les vernis du Japon sur le boulevard du Temple, doivent incliner doucement leurs feuillages, sous la caresse de la brise nocturne.