A mille mètres, le plateau. Aussitôt, un vent fou nous accueille, paquets de neige, rafales et tourbillons.

Quelques poneys se couchent avec leurs chargements.

Cris et coups les relèvent.

Les miens font preuve d’endurance. Ils clignent leurs longs cils où perlent des glaçons. Ils secouent leurs oreilles comme pour chasser un insecte importun.

Ils suivent, au pas, le chef de file… Ils suivent d’instinct, car la brume est venue, une brume qui nous enveloppe de son suaire glacé.

Avec cela, la neige tombe, gelée. Chaque flocon est une aiguille qui pique ma chair. Sous les moufles de laine, j’ai les doigts gourds.

Le poney-guide, une bête blanc et gris, va d’un pas régulier, cherchant l’endroit propice où poser son sabot, faisant des crochets de cinquante mètres qui nous paraissent inutiles ; mais, lorsque nous arrivons à la courbe, nous apercevons la crevasse qui bâille, noire et attirante.

Il chemine, d’un pas sûr, connaissant la route ; dans la brume, il disparaît parfois, puis réapparaît comme un fantôme que le brouillard agrandit et déforme.

On dirait par instants une bête immense, une bête d’Apocalypse menant une ronde infernale.