— Morgan, je vais à terre.
— Bien, capitaine.
— Ayez l’œil !
— On l’aura.
Et le second, blond et beau comme une fille, rit d’un rire qui retrousse ses lèvres et découvre ses dents.
— Quelqu’un au canot !
Nous revoilà sur le quai.
Le soleil descend à l’horizon ; maintenant, des hommes vont et viennent. Sortis d’où ? Dockers, portefaix, matelots, soutiers, coqs, stewards, moussaillons traînant leurs pieds nus, « boscos » aux sourcils broussailleux, fumant une courte pipe de terre, Martiniquais vernissés par la sueur, Maltais aux yeux charbonnés, Italiens félins, Norvégiens géants aux joues poupines, Anglais déjà ivres et roides, Basques trapus, Bretons râblés, Provençaux souples, toute la foule des « gens de mer » grouillante comme une vermine, bigarrée comme une loque, fière, généreuse, vivante et libre.
Des filles passent, saines et brunes.