L’Histoire s’est brodée, fil à fil, pendant les longues nuits polaires.
Ces hommes, qui venaient de Norvège, trouvèrent une terre désolée ; tout leur manquait, tout fut leur œuvre…
Et dans l’île d’Enfer, sentant leur isolement, ils éprouvèrent le besoin de perpétuer leur souvenir.
Tradition orale d’abord, tradition écrite ensuite.
Récits toujours authentiques, chroniques brèves au ton impersonnel… « Un tel, tel jour, a fait cela », « Ceci se passait là ».
Celui de Winnipeg ne dira pas : « Je m’appelle ainsi, mon père était un tel… », il écrira : « Un jour, de telle année, Sigurd Sigurdson arriva. Il venait du baer de Rejkjahlid, sur les bords du lac Myvatn… Son père… »
Ainsi, les races ne meurent pas.
Le baer est construit sur la lave. Il a trois façades de bois non peint. Le long de ces façades, il y a des chapelets de poissons séchés ; au milieu, l’écusson de la poste : « Landissima Stod. »