Nous descendons, au pas, la vallée de la mort.
A l’horizon, une chaîne de montagnes. Pas à pas, mètre par mètre, nous allons vers elle avec l’espoir secret que du haut du col nous changerons de paysage.
La descente, le cheminement au creux de la vallée, la remontée du mont chauve… Au sommet, nous apercevons à nos pieds l’immensité désertique.
Mornes heures où la désolation de la nature courbe nos âmes. Nous ne reverrons jamais le pays du soleil, les eaux jaseuses qui bordent la prairie, le fuseau des peupliers qu’un vent très doux incline vers le sol.
Vignes de mon village, vignes feuillues, vignes aux ceps tordus, vignes lourdes de grappes, un mirage vous dresse devant mes yeux ; la plaine est écrasée de soleil. Dans les platanes, il y a des cris stridents de cigales, et là-bas l’étang et la mer se joignent dans une étreinte bleue.
Un nouveau col, et c’est encore le déroulement infini de la terre maudite.
C’est une symphonie grise : gris de la cendre, gris des cailloux, gris de mes pensées.
Le morne balancement du poney qui me porte m’assoupit et m’endort. Il semble que je descends aux rives fatales, île d’Enfer, pays du diable.
Je m’enlise dans la mort, lourd du poids de tous mes péchés.