Quel archange blond fendra la nue d’un coup d’aile et m’emportera frémissant vers les sommets enfin atteints, vers les rêves enfin réalisés ?
Nous marchons depuis sept heures ; depuis sept heures, devant nous s’ouvre le désert. Il s’ouvre et se referme sur nous.
J’ai voulu m’arrêter, mais les poneys têtus ont poursuivi leur chevauchée exaspérée.
Suis-je seulement sur la bonne route ? Einar, guide, ne guide rien du tout. Il est affalé sur sa bête, le front barré par la peur indicible qui le mord aux entrailles.
Comme moi, il songe aux enfers. L’épouvante s’inscrit sur son visage, et dans son âme se lève la crainte atavique des Trolls et des Géants.
Et, dans son cerveau, il évoque Odin qui a ordonné et gouverne le monde ; Odin, fils de Borel, fils de Besla, qui protège les hommes courageux et les accueille au Walhalla.
A l’instant même, deux immenses corbeaux coupent notre route ; ils rament l’air de leurs ailes pesantes et passent en croassant.
Einar reconnaît en eux les deux compagnons inséparables du vieux dieu : Hugin, la Réflexion, et Munin, la Mémoire.
Et, poussant du talon son cheval, il le presse, flanc contre flanc, avec le mien, et dans un chuchotement il me dit sa crainte et son espoir.