Odin, dans le Valaskjalf, nous guette ; il est sur son trône d’argent pur que les poètes appellent Hlidskjalf. De ce trône, il voit le monde entier et surveille ses trois épouses : Iord, la terre inhabitée ; Frigg, la terre cultivée ; et Ring, la terre engourdie par l’hiver.

Nous traversons le domaine d’Iord, mais le Dieu nous garde, les deux corbeaux qu’il nous a envoyés en sont la preuve irréfutable.

Du reste, c’est aujourd’hui jeudi : Torsdag, le jour de Thor, et, si son père Odin nous oubliait, le terrible massacreur des Géants et des Trolls ceindrait son baudrier de vaillance, lequel double sa force — ainsi que chacun sait — et brandissant sa massue, Mjoelne, il foudroierait les monstres de l’enfer.


Mais Thor ne sera pas obligé de quitter son palais de Bilskirne dans le royaume de Trudvâng, car, du haut du mont, j’aperçois enfin la fin de nos misères. A nos pieds, voici la tache verte d’une prairie. Là-bas est le baer, là-bas est le repos.

Les chevaux, comme nous, ont vu. Ils partent au galop, dévalant le flanc de la montagne presque à pic par des sentiers où n’iraient pas les chèvres.

Un vent du diable nous accueille sur ce versant. Le froid est intense, mais on néglige sa morsure ; là-bas la prairie, là-bas le baer, là-bas le repos…


Hélas ! entre le baer et nous il y a le Laxardulr ; du sommet c’était un mince fil coulant dans la vallée ; sur la rive, c’est un fleuve qui gronde.

Des terres fangeuses le protègent. Les chevaux prennent un bain de boue… le vieux poney patauge, flaire, cherche, et le voilà qui nage en plein courant.