Au milieu du fleuve, un îlot où croissent quelques herbes ; les poneys s’arrêteraient volontiers, mais, glacés, transis, ruisselants, nous les poussons à l’eau.

Soixante mètres de nage et nous voici sur l’autre bord.

Un galop nous amène devant l’église de Thvéra. Inutile de songer à atteindre Einarstadir aujourd’hui. Il y a treize heures que nous sommes à cheval.

Du reste, le pasteur est là, debout, sur son seuil, qui nous attend et nous accueille.


Sans songer à manger, mon chien mouillé et frissonnant s’endort en boule sur le meilleur fauteuil de notre hôte. Je n’ai pas eu le courage de le chasser, moi qui, ruisselant, enlève mes bottes, le dos confortablement calé par l’édredon d’eider qui recouvre le lit.


Le pasteur de Thvéra vit seul entre son baer et la maison de Dieu. C’est un vieillard à la face lépreuse, aux mains gonflées et molles. Il s’informe longtemps des mœurs de mon pays, tandis que nous puisons tous trois, Einar, lui et moi, non dans le même plat, mais au même poisson : un flétan séché que nous effilochons avec conscience.

Einar dépouille un filet, moi l’autre ; le servant du Seigneur fait ses délices de la tête.