Après avoir pris auprès des indigènes quelques renseignements sur la route que j’avais à suivre pendant mes premières étapes, je fixai la date du départ au 30 juin, sept jours après la fête de la cessation du jeûne des musulmans, عيد الڢطر (petite fête), célébrée le premier jour du mois de شوال (choual), qui suit celui de رَمَضان (ramadan).
Les deux derniers jours passés à Bammako furent employés à faire mes préparatifs et surtout à terminer ma correspondance, car de longtemps je n’allais peut-être avoir l’occasion de communiquer avec la France. Le 30 au matin, après avoir pris congé des camarades du poste de Bammako, je m’acheminai vers le Niger, sur les bords duquel mon personnel était déjà arrivé.
Le chef des Somono avait réuni les quatre meilleures pirogues, et le passage commença aussitôt. Tout était terminé en trois heures.
Les pirogues étaient toutes en caïlcédra (acajou indigène) et composées de trois parties, reliées ensemble à l’aide d’une couture faite avec de la corde ; les fissures étaient calfatées avec de vieux linges et de la terre glaise. Les embarcations avaient de 9 à 10 mètres, et portaient à chaque voyage environ 1000 kilogrammes. Les ânes sont placés dedans à raison de trois par pirogue et tenus chacun par un homme. Le trajet étant de quinze minutes, ces animaux ne pouvaient l’effectuer à la nage comme les chevaux et les bœufs. Chaque pirogue est manœuvrée par deux hommes, un à l’arrière et un à l’avant ; tous les deux sont armés de gaffes en bambou et de pagaies, la gaffe ne servant que tout à fait sur les bords.
Les droits de passe sont prélevés par le chef des Somono à raison de 2 fr. 50 par âne avec sa charge et de 5 francs par bœuf porteur ou par cheval, payables en cauries.
Les hommes, femmes, etc., passent gratuitement.
Les revenus sont répartis comme suit :
Un tiers pour Titi, chef de Bammako ;
Un tiers pour le chef des Somono et les propriétaires des pirogues ;
Un tiers pour les Somono.