Les autres marchandises détériorées, je les fais vendre au marché contre des cauries avec lesquels j’achète le riz, le fonio et le sel pour mes hommes. De la viande, il est impossible de s’en procurer à n’importe quel prix. Le bétail a disparu du pays. Bénokhobougoula, qui n’a jamais été un grand village, mais dont les habitants avaient la réputation d’être possesseurs de beaucoup de bétail et d’avoir des graines en quantité, n’est plus aujourd’hui qu’une misérable ruine habitée par une centaine d’habitants, y compris les femmes de l’almamy. Le fond de la population était Bambara Traouré, comme presque tout le pays entre Baoulé et Bagoé.

Les Foula du Ganadougou, quoique n’étant pas de même race, vivaient en très bonne intelligence avec eux, et tout ce pays formait plusieurs petites confédérations, dont les principaux centres étaient Niankourazana, Diakha et Baffa.

Samedi dernier, quelques habitants ont traversé le Baniégué pour se rendre au marché de Fourou qui a lieu tous les lundis, afin d’y acheter des provisions qui font absolument défaut ici. Fourou est un village soumis à l’autorité de l’almamy et contre lequel les gens de Tiéba n’ont encore rien tenté jusqu’à présent. Les habitants, dit-on, vivent en bonne intelligence, à la fois avec les gens de Tiéba, de Pégué, de Samory et de Tengréla ; le village m’a tout l’air de constituer une sorte de place neutre, dans laquelle tout le monde est le bienvenu, à la condition de n’appartenir à aucun parti.

Le marché serait situé à cinq ou six étapes dans le sud-est, sur l’autre rive du Bagoé : on y vit à très bon compte, paraît-il ; aussi je ferai tout mon possible pour m’y arrêter quelque temps en me rendant à Tengréla, si sa position n’est pas trop excentrique par rapport à mon itinéraire.

Vue de Bénokhobougoula.

Mardi 18 octobre. — C’est aujourd’hui la nouvelle lune, celle qui doit apporter un si grand changement dans la situation de Samory et dans la mienne aussi, puisque c’est dans cette lune que je dois être dirigé, sous la recommandation de Samory, sur les pays de l’est avec lesquels, dit-il, il est en relations.

Le temps que je suis forcé de perdre ne me coûte pas trop : la saison est encore bien mauvaise et il est pénible de voyager dans un pays comme celui-ci où toute transaction semble éteinte ; les sentiers doivent avoir disparu entièrement sous la végétation.

Tandis que pendant le mois d’août il y a eu vingt-trois jours de pluie, dans le mois de septembre il n’y en a eu que seize, et depuis le commencement d’octobre, sept jours de pluie seulement et deux tornades sèches. C’est la fin de l’hivernage. Le Baniégué, qui passe à quelques centaines de mètres dans l’est du village, a baissé de 3 m. 25 en dix jours ; il est entièrement rentré dans son lit. D’après les indigènes, son niveau ne baissera maintenant qu’en décembre, et il n’est jamais guéable avant la fin de l’année.

Cette rivière est formée de plusieurs petits cours d’eau qui prennent leur source dans le Bodougou ; ils se réunissent dans le Sibirila. Le Baniégué sépare le Siondougou du Mpéla et se jette dans le Badié ou Bagoé, un peu en aval de Bénokhobougoula. Il est de la largeur du Baoulé à Kondou (environ 20 mètres) et coule dans une plaine herbeuse en partie inondée. Ses berges et ses rives sont garnies de verdure ; on y remarque même à certains endroits de très beaux arbres.