Cette plante a été reconnue par M. Cornu, professeur au Muséum, pour être un Strophantus. Son action sur le cœur se rapproche de la digitaline.
En dehors du poison pour flèches (kouna), on fait encore usage, dans le Soudan, de divers autres poisons.
Le plus commun se nomme doung-kono ; il est préparé de la façon suivante : une tige de petit mil (sanio) est introduite dans l’anus d’un cadavre et laissée pendant une vingtaine de jours, puis la tige est séchée et pilée. La poudre, délayée dans une sauce que l’on mange avec le to, n’incommode pas et il est impossible de s’apercevoir que l’on est malade ; ce n’est qu’au bout de quelques jours que le ventre de la victime enfle légèrement ; au bout d’un mois, l’embonpoint est devenu manifeste, on voit que c’est une obésité factice, et huit ou dix jours après l’on meurt.
Ce poison est très connu ; il est d’autant plus redouté, qu’il frappe bien souvent, à côté de gens dont on veut se débarrasser, des malheureux qui par hasard viennent à passer devant la case de la victime et qui, tout à fait accidentellement, sont invités à manger, comme il est de coutume ici.
J’avais dans mon convoi un jeune Ouassoulounké nommé Diam-Diallo, qui un jour à Ténetoubougoula a accepté de partager un repas avec un marchand venant de son pays ; Diam-Diallo était convive accidentellement, puisqu’on était en train de manger quand il est arrivé.
Huit jours après, les premiers symptômes se faisaient sentir. Diawé me confia ses craintes. « A l’autre lune, il faut que mort », disait-il. Je le renvoyai à Bammako, où le docteur Tautain l’employa comme jardinier ; un mois après il mourait du doung-kono.
Une pincée de poudre de doung-kono jetée dans du lait le fait immédiatement lever ; c’est, paraît-il, le seul moyen de voir si le namougou, ou poudre à sauce, est oui ou non empoisonné.
Un autre poison bien redoutable, qui fait mourir dans les vingt-quatre heures, c’est le korty-mougou (ou poudre de korty). Peu de personnes savent à l’aide de quelle plante ce poison est fabriqué ; il est cependant très répandu, et souvent j’ai entendu parler d’empoisonnements par la poudre de korty. Ce poison est mis sous l’ongle du pouce, que l’on a soin de faire négligemment tremper dans la calebasse d’eau offerte à la personne que l’on veut empoisonner.
Le korty-mougou est connu partout, du Bakhounou à Grand-Bassam ; il est surtout employé chez les peuples de race agni, où l’empoisonnement est très fréquent.
On m’a également entretenu d’une autre variété de poison dont l’effet est tellement foudroyant et l’emploi si original qu’il est permis de mettre son existence en doute. Les noirs cependant en parlent avec tant de terreur que j’ai pensé bien faire en transcrivant ce que j’ai appris à ce sujet.