Il faisait nuit noire, il pleuvait légèrement, nous n’avions rien mangé ; notre riz n’étant pas cuit, j’essayai de retarder mon départ. Toute mon éloquence fut impuissante à fléchir ces gens, qui restèrent en selle, surveillant nos préparatifs de départ.
Vers huit heures, sans guides, par une pluie battante, nous nous mettions péniblement en route pour revenir sur nos pas. Cette marche de nuit fut particulièrement fatigante ; l’étape du matin avait été longue et pénible à cause des hautes herbes, qui atteignaient de trois à cinq mètres de hauteur.
Comme mon armement ne consistait qu’en deux fusils Beaumont et un fusil de chasse, pour la circonstance je crus prudent de prendre dans mes bagages quatre pistolets doubles à pierre et d’en armer mes hommes, afin de pouvoir nous défendre en cas d’alerte ; je fis prendre toutes les précautions en vue d’une attaque probable.
A distance nous étions suivis par les cavaliers.
A plusieurs reprises nous avons failli nous égarer ; le sentier se perdait dans les herbes, et nos hommes étaient forcés de s’appeler pour ne pas se perdre. Vers deux heures du matin, les cavaliers s’en étant retournés, je fis arrêter le convoi dans une petite clairière et nous nous installâmes en halte gardée : ânes entravés et bagages disposés en croix, pour pouvoir au besoin nous en servir comme retranchement.
Les hommes en sentinelle ont signalé dans la nuit des individus venant rôder autour du bivouac, mais, en nous voyant faire bonne garde, ils n’ont pas osé nous attaquer[33].
2 novembre. — En atteignant Gongoro, je trouvai Basoma et l’autre homme de Tiong-i ; je ne leur fis aucun reproche de s’être sauvés, car s’ils avaient mis le pied dans le village, ils étaient sûrs de leur affaire et tués comme « hommes de Samory ».
Cet échec sera bien difficile à réparer.
Que de renseignements j’aurais pu obtenir pendant un séjour d’un mois à Tengréla. Les directions et les itinéraires sur toute la région Folou, Kabadougou, Bodougou, Noolou, Fadougou, sur le Ouorodougou, le Follona, le Kouroudougou, etc., tout cela est perdu et jamais je ne pourrai retrouver cette occasion.
Tiong-i, qui n’est pas éloigné de Tengréla, en est séparé par un monde, car tous les chemins de cette région partent naturellement du centre le plus important, de Tengréla. Il n’existe, comme je l’ai dit, aucune relation entre Tiong-i et Tengréla ; je voudrais insister pour y entrer, mais qui envoyer ? Un de mes hommes ou un homme de Tiong-i ? L’un et l’autre seraient infailliblement assassinés ou au moins faits captifs.