Bivouac de nuit.
De retour à Tiong-i j’attendrai une occasion pour communiquer avec les gens de Tengréla, peut-être se laisseront-ils convaincre : il faut toujours espérer. Ma situation est loin d’être brillante, le plus sage parti à prendre est de faire retour à Tiong-i.
Jeudi 3 novembre et jours suivants. — Zan, le chef de Tiong-i, que je vais voir souvent, m’abreuve de mensonges. D’après lui, il paraît que l’almamy vient de lui défendre de me laisser traverser le Bagoé, si je voulais me rendre à Fourou. Ce dernier village aurait, du reste, reçu l’ordre de me refuser l’hospitalité si je m’y présentais. Il m’est également interdit d’envoyer mes hommes au marché de ce dernier village.
L’almamy n’envoie personne pour me saluer, ne répond à aucune de mes lettres : son seul désir serait, je crois, de me voir m’en retourner volontairement vers Bammako, car il n’ose pas m’en donner l’ordre. Il est absolument convaincu que jamais il ne pourra m’être utile pour mon voyage, quoiqu’il parle avec emphase de ses bonnes relations dans l’est.
7 novembre. — Dans la journée j’ai reçu la visite de Toumané, chef des sofa de Fourou ; il me dit revenir de la colonne où l’almamy l’avait appelé. Samory lui a dit que j’étais en route pour me rendre à Fourou. Il lui a donné l’ordre de m’installer provisoirement dans le village et d’envoyer demander au chef de Ngiélé l’autorisation de passer. Ngiélé est un grand village dans l’est, sur la route de Kong ; il m’a déjà été signalé par El-Hadj Mohammed Lamine de Ténetou. Si Toumané obtient cette autorisation, il devra me faire escorter jusque-là.
Un jour il m’est interdit de quitter Tiong-i, un autre jour on me propose officiellement de continuer ma route ! Tout cela n’est-il pas étrange !
Un instant après, trois Sonninké de Touba sont venus me saluer. Le chef de ces marchands est un Diabi ; ils ont traversé le Niger à Fogny et sont venus ici par le chemin Ouola, Tiékoungo, etc. Ils m’apprennent que la canonnière est de retour à Bammako, ayant effectué son voyage à Tombouctou.
Ce Diabi, qui est allé six fois déjà dans le Ouorodougou, me propose de parler aux gens de Tengréla ; il me dit de patienter, peut-être réussira-t-il mieux que moi ; je prêche ma cause avec chaleur naturellement, et il me quitte en me promettant de m’informer du résultat de ses démarches ; c’est demain matin 8 qu’il se met en route. Je lui fais cadeau d’une chechia violette, d’une pièce de ganse blanche pour orner son boubou et d’un porte-monnaie.
Tengréla, d’après ce Diabi et mes hommes, est un peu plus grand que Tiong-i, et bâtie dans le même genre, mais sa population est plus dense, quoiqu’il y ait autant de terrains vagues qu’ici. En estimant à 1500 le nombre de ses habitants, on ne doit pas être bien éloigné de la vérité.