Tengréla est habité par des Bambara forgerons, des Siène-ré et surtout des Mandé Dioula. Massa, fils de Ianokho, n’a, paraît-il, pas grande influence ; le vrai chef serait Bakémory, qui est à la tête du parti mandé dioula.

8 novembre. — En attendant le résultat des démarches du Diabi à Tengréla et le départ de Toumané pour Fourou, je me suis installé chez Basoma, qui a mis à ma disposition une case assez confortable, mais un peu obscure. Dans le toit on a ménagé une ouverture pour la fumée, qui s’évacue par un tuyau en terre, que l’on recouvre d’une vieille poterie quand il pleut. A Gongoro j’ai vu une vraie cheminée qui fait saillie à l’extérieur de la case, elle a environ 70 à 80 centimètres de largeur, sa hauteur est celle de la case. Le feu se met devant, la fumée s’introduit dans la cheminée par une ouverture de 60 centimètres de hauteur en forme de T renversé. A un mètre vingt à peu près au-dessus du sol, on a ménagé une ouverture demi-circulaire qui permet de placer la viande à boucaner sur un gril en rondins. Pour que la pluie ne pénètre pas dans la cheminée, le haut est fermé par des rondins de bois recouverts de terre glaise comme le toit de la case ; la fumée s’échappe par une ouverture ménagée sur un des flancs ou bien encore sur le grand côté extérieur, cela dépend de l’orientation ; elle est disposée pour ne pas être gênée par les vents. On appelle ces cheminées dibi.

Dibi, type de cheminée des environs de Tengréla.

La population de Tiong-i se compose de Bambara Kouloubari et Traouré ; il y a aussi quelques familles siène-ré ou sénoufo ; ces derniers sont les plus anciens habitants du village. Les Bambara ne sont venus du Ségou qu’avec Ali Diara, dernier roi bambara du Ségou, qui vint faire des incursions dans le Niéné vers 1845.

La domination des Bambara du Ségou à Komina et dans le Gantiédougou n’a cessé que vers 1860. Au moment où Barth faisait son voyage et à propos d’un itinéraire par renseignements de Nyamina à Tengréla, il dit ceci (édition allemande, t. IV, p. 577) :

« Sur le chemin de Tengréla à Nyamina (29 courtes marches), on atteint, le quatrième jour, un grand fleuve (probablement le Bagoé de Caillié) sur l’autre rive duquel commence le domaine de Nyamina. »

L’occupation du Gantiédougou par les Bambara au Ségou vers 1852 est donc entièrement confirmée.

Les habitants de Tiong-i, sans être riches, ne vivent pas dans la gêne, et la plupart de Siène-ré et Bambara sont forts et robustes. J’ai vu cependant deux femmes atteintes d’éléphantiasis très prononcé ; il y a aussi dans le village une dizaine d’enfants et d’hommes qui, sans être albinos, sont d’un rouge terne, et ont les cheveux roux sale. On désigne ces gens-là sous le nom de diabiyang-é en sarakollé et de bala ou gouambélé, ou gouangouélé en bambara, par comparaison avec la couleur gris roux d’une variété d’ânes, très remarquable par sa vigueur et sa sobriété. Ces bala ne constituent pas une race, on ne constate pas leur naissance plus ou moins fréquente parmi telle ou telle tribu non plus, il en vient au monde indifféremment dans telle ou telle famille, et, contrairement aux founé (albinos), on n’attache aucune croyance ni superstition à la naissance d’un de ces êtres.

On peut voir, à partir de Bénokhobougoula jusqu’à Tengréla, toutes les coiffures imaginables chez les deux sexes. Celle de nos clowns est une des plus répandues. Beaucoup de femmes ont la tête entièrement rasée.