On traverse deux ruines et le petit ruisseau qui passe près de Zambougou ; après on entre dans la grande plaine herbeuse dans laquelle coule le Bagoé, que nous atteignons à deux heures et demie du matin.

Quoique les noirs aient allumé de grands feux, aucun d’eux n’a pu dormir : les nuits sont déjà trop froides pour eux. Le thermomètre a marqué 11 degrés au-dessus de zéro. Ce qui fait une différence de près de 40 degrés avec la température du jour.

Jeudi 1er décembre. — Ce matin de très bonne heure, deux coups de fusil attiraient l’attention du passeur, qui commençait bientôt le transbordement avec son unique pirogue. Le Bagoé, ici, est un peu moins large que l’autre bras, connu sous le nom de Banifing, qui passe à Ouarakana : il n’a que 65 mètres de largeur, quoique très profond, et son cours est beaucoup plus long que celui de son principal affluent[36]. Elle traverse tout le Ouorodougou et vient des environs de Touté ; le passeur m’a dit qu’il n’avait pas entendu parler de chutes, ni en amont ni en aval ; mais il ne se fait aucune communication par eau dans toute cette région.

En sortant du Ouorodougou, le Bagoé sépare les États de Tengréla du Follona, le domaine de Tiéba de celui de Samory, et se dirige sur le Ségou. Un peu en amont du gué du Kouralé, le Bagoé reçoit le Baoulé. A eux deux ils forment le bras secondaire du Niger, qui atteint le cours principal à Mopti.

Je quittai de bonne heure les rives du Bagoé afin d’arriver à Fourou avant la grande chaleur. Il n’y a des arbres que sur les berges mêmes de la rivière ; la rive droite, plus élevée, n’est jamais inondée, et le pays n’a pas l’aspect désolé de la rive gauche.

A 1 kilomètre du Bagoé se trouve le petit village de Lolé ; les environs sont bien cultivés ; il y a des plantations de tabac et partout de grands champs d’ignames, qui sont bien soignés. Entre deux alignements est creusé un large sillon au-dessus duquel sont placés quatre échalas qui se croisent en faisceau au sommet et qui sont destinés à supporter les liserons de quatre pieds d’ignames.

Du Bagoé jusqu’à Fourou, les cultures se succèdent presque sans interruption ; elles sont cependant coupées d’espaces dévastés par une espèce de termite qui habite dans des terrains d’argile grisâtre et qui construit des termitières en forme de champignon.


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Les indigènes utilisent les termites et termitières de la façon suivante : les champignons sont coupés à la base et portés dans le village ; là ils sont concassés et les termites donnés en nourriture aux poules ; la terre est conservée et sert à la construction des cases ou des magasins à mil. Quand la terre est d’un beau gris cendre, elle est lavée, bien triturée et calcinée, et mangée par les femmes enceintes. On en trouve à acheter des petits lots sur les marchés.

Dans beaucoup de villages, pour ne pas avoir la peine d’aller chercher cet insecte bien loin, les habitants procèdent de la façon suivante : après avoir enlevé les herbes dans un endroit quelconque près du village, on y jette de la bouse de vache séchée et des épis de maïs dont le grain a été enlevé ; au bout de quelques jours, le termite fait son apparition ; on dispose alors, en cet endroit, de vieux chaudrons en terre, renversés : l’insecte y construit immédiatement des galeries, et cinq ou six jours après, quand le chaudron est plein, on l’emporte dans le village avec les termites qu’il contient.