Tous les sofa, griot, captifs de l’almamy, ont la tête coiffée de la manière suivante : tête rasée avec une petite touffe de cheveux épargnée sur le sommet de la tête et agrémentée d’amulettes, une autre touffe de chaque côté de la tête et une dans la nuque complètent cette coiffure d’ordonnance.
Il y a, parmi ces guerriers, des gamins de quinze à seize ans, je pourrais dire qu’ils y sont en majorité. Somme toute, ce que je viens de voir est une bande que j’estime tout au plus bonne à épouvanter les femmes et les enfants, et à faire captifs des gens sans défense. Espérons, pour notre protégé, que c’est son arrière-ban qu’on m’a fait voir. Tous ces sofa sont presque hideux ; il y a là des captifs de toute nationalité.
Ces exercices terminés, tout le monde s’assied et se range en demi-cercle autour de Kali. Ce Ouassoulounké est un bel homme ; au premier abord il a la figure sympathique, mais en le regardant bien on devine en lui un être dissimulé et rampant. Kali souffre encore d’une blessure qu’il a reçue à l’avant-bras gauche au combat du marigot de Kokoro (colonne du commandant Combes en 1885).
Arrivée de Kali Sidibé à Ouolosébougou.
Quand il apprend que je voyage seul, sans médecin, il ne dissimule pas son étonnement ; et son entourage et lui se mettent à pousser une série d’exclamations se traduisant par : Allah akbar ! « Dieu est grand », ou bien encore Kavakou, qui équivaut à notre « Est-ce possible ! », mais dont la traduction exacte veut dire : « Le maïs est mûr ? ».
Après les salutations d’usage, je lui donne quelques explications sur le but de mon voyage et l’informe que je suis porteur d’une lettre de recommandation pour l’almamy ; je le prie de vouloir bien la lui faire parvenir le plus tôt possible, et lui parle également de mon intention de pousser jusqu’à Ténetou pour y attendre la réponse de l’almamy.
Kali et ses gens se retirent pendant environ une demi-heure pour délibérer et reviennent.
Je lui remets mon pli pour l’almamy ; il l’ouvre, le fait lire par le chérif, qui met une demi-heure pour le déchiffrer, une heure pour le recopier et y ajouter quelques observations. La lettre est ensuite remise sous enveloppe et donnée devant moi à un courrier. Kali me conjure de ne pas partir : il y va de sa tête ; l’almamy étant très sévère, il craindrait de lui déplaire en me laissant pousser jusqu’à Ténetou, et me promet que je ne manquerai de rien pendant mon séjour ici.
La réponse devait me parvenir dans vingt jours au grand maximum, les courriers mettant sept jours pour faire ce trajet à l’aller.