Je suis contrarié d’être déjà arrêté, mais, comme je le prévoyais un peu, j’en prends vite mon parti.

Ténetou me tentait beaucoup : j’avais une lettre de recommandation pour un grand marabout qui y habite et qui avait beaucoup voyagé. Son fils, el-hadj Mahmady, qui était précisément de passage ici, vint me voir.

Ce jeune homme a accompagné son père à la Mecque ; il est très bien élevé, et me dit que « les regrets sont pour son père, qui a eu d’excellentes relations avec les chrétiens ; que c’est avec plaisir qu’il m’aurait donné des renseignements sur le pays à traverser et que ce sera un véritable chagrin pour el-hadj de ne pouvoir s’entretenir avec un chrétien et un homme instruit ».

Je le quitte en le priant de saluer son père de ma part et lui promets de passer à Ténetou si l’almamy m’autorise à traverser ses États.

Ouolosébougou se compose de trois villages : Ouolosébougou proprement dit, où se tiennent un marché quotidien et un marché hebdomadaire le vendredi ; Ténetoubougoula, qui a un petit marché quotidien où l’on vend les chevaux ; et enfin Dabibougou, qui n’est plus qu’une ruine habitée par trois ou quatre familles.

Ces villages ont un aspect misérable : sur cinq cases, il y en a une d’occupée ; les rues sont sales, pleines d’immondices ; dans les cases détruites on a déposé des ordures, ou planté du maïs.

Le jeudi soir, veille du grand marché, un crieur prévient qu’il est interdit d’aller faire ses besoins sur la place du marché (sic).

C’est en vain que j’essaye d’assainir mon campement et de tenir propre ma case en faisant mastiquer le sol avec de la terre glaise mélangée de bouse de vache, comme font les indigènes ; il sort des asticots blancs de partout.

C’est un peu ce qui arrive dans tous les villages dont les cases sont construites en terre. Quand il n’y a pas d’argile à leur portée, les indigènes prennent de la terre du village, qui renferme déjà des matières en décomposition, puis avec de l’eau croupie ils en font un mortier et des briques ; le tout répand une odeur infecte.