Femmes et enfants veillant sur les arbres néré.
Quelques-uns d’entre eux sont armés de grands fusils dits boucaniers. La batterie est toujours recouverte d’une peau de singe, pour empêcher l’humidité, et la crosse est généralement garnie de clous dorés. Au pontet sont suspendus une minuscule poire à poudre en bois pour amorcer le bassinet et un dé en cuir pour le doigt qui agit sur la détente. Les munitions sont portées dans une ceinture semblable à nos ceintures de chasse, mais les tubes en cuir, au lieu de renfermer, comme chez nous, une cartouche confectionnée, ne contiennent chacun qu’une charge de poudre renfermée dans une petite fiole en bois. Une cartouchière renferme les balles ainsi que des bourres confectionnées en fibre d’aloès.
En quittant Kanniara, on m’avait fait voir dans le lointain, sur une petite éminence, le groupe de bombax de Daamasou où je devais camper. En arrivant à quelques centaines de mètres du village, qui disparaît dans un fouillis de verdure, les guides, pour une raison que j’ignore, me font malgré mes protestations dépasser Daamasou de 1 kilomètre et camper à Fillinsou, où il n’y a pas un seul arbre. Fillinsou est le dernier village que j’ai traversé où il y a des Mbouin(g).
Dimanche 12. — En quittant Fillinsou on passe deux petits villages de culture, et, bientôt après, une végétation plus puissante annonce la proximité d’un grand cours d’eau ; de très beaux arbres font place au gardénia sauvage.
A sept heures et demie nous atteignons le fleuve. Le gué se trouve dans une boucle et est à quelques centaines de mètres en aval du point de passage pour pirogues.
Ce cours d’eau est plus important que celui de Léra. Sa largeur ici est d’environ 80 mètres. D’après mes guides, il vient des environs de Sikasso et coule vers le sud. On le traverse encore une fois avant d’arriver à Kong. C’est la branche principale du Comoé.
Les rives sont bien boisées, surtout la rive droite, dont la végétation s’étend à quelques centaines de mètres. Quoiqu’il n’y ait pas plus de 80 centimètres d’eau, il nous faut décharger les animaux, les berges étant trop escarpées. En aval du gué on trouve un bief assez profond dans lequel il y a des hippopotames. Le fond est de sable mélangé de nombreux fragments de quartz. Le courant est de 3 à 4 milles à l’heure.
Je fais étape à Lokhognilé, groupe de trois villages (environ 8 à 900 habitants).
Lokhognilé couronne le sommet d’un grand plateau granitique dont la base commence non loin du fleuve, les villages suivant une ligne nord-sud. Le plus grand (celui du nord) est séparé de celui du centre par des amas de granit et n’a rien de remarquable. Comme celui du centre, il est habité par des Mandé-Dioula. Le village du centre offre un très joli coup d’œil ; les toits en chaume tout neuf sont dominés par quelques dattiers, les deux minarets de la mosquée et un groupe de ficus ; vers l’est il y a également un groupe de palmiers-rôniers à deux branches (palmiers doum).
Je n’ai pas rencontré le palmier doum depuis mon départ du haut Sénégal. C’est un arbre qui est peu répandu dans cette région ; il a dû y être importé par des habitants de Lokhognilé.