Toute cette région est soumise aux chefs de Kong et toutes les peuplades voisines reconnaissent leur suzeraineté. A l’ouest, les États de Kong sont limités dans cette région par le fleuve de Léra, qui les sépare du territoire des Pallaga (dépendance des États de Pégué).

Ces Pallaga constituent, comme les Mbouin(g), une nation encore sauvage. Personne n’entre dans leur pays et ils n’ont presque point de relations avec les marchands. Quelques hommes des villages frontières viennent au marché de Sandergou et de Kapi. Je n’en ai vu aucun. Les personnes que j’ai interrogées m’ont dit que hommes et femmes sont entièrement nus et ne se servent même pas de feuilles pour cacher ce qu’on ne doit pas voir. Leur tatouage consiste en de nombreuses petites entailles sur le front et les joues. Leur langue n’est comprise par personne. Ils sont très redoutés par les incursions qu’ils font sur les territoires limitrophes. On est impuissant à les châtier, car leur pays est très fourré et couvert de bois ; quand on marche contre eux, ils savent adroitement se dérober et fuir à l’intérieur.

Pour ces raisons, les Dioula ont complètement abandonné le chemin direct de Kong à Léra dont j’ai déjà parlé, et actuellement toutes les communications se font par la route que je vais suivre.

Iamory me prie de rester un jour ici ; il veut me donner deux hommes dévoués que son siratigui[45] a envoyé chercher dans un village voisin.

Samedi 11 février. — Départ à cinq heures et demie. Le siratigui et deux hommes m’accompagnent. Nous dépassons bientôt les cultures, qui ne s’étendent pas bien loin, Kanniara étant un tout petit village, et nous entrons dans la brousse. Bien que nous soyons dans la saison sèche, la végétation semble être plus belle que dans les régions que j’ai traversées jusqu’à présent ; de temps en temps on est absolument sous bois ; partout il y a des cé et surtout des netté ; des femmes et des enfants veillent les arbres dont le fruit est à maturité[46] et lancent des pierres pour éloigner les perruches et les autres oiseaux. Dans les bas-fonds il y a quelques maigres palmiers ban et quelques bouquets de palmiers de marais (sorte de dattiers sauvages).

Nous croisons en route beaucoup de gens porteurs de poudre, qu’ils vont échanger contre des captifs à Sikasso. Comme dans le Follona, les transports se font tous par porteurs. Il y a fort longtemps que je n’ai rencontré des animaux de bât avec les marchands.

Tandis que dans le Follona les charges sont arrimées sur un châssis en liane tordue en forme de huit, sous lequel est adaptée une torche, ici les hommes portent les bagages et marchandises dans une claire-voie de 1 m. 20 de longueur, nommée bouakha. Les femmes portent les piments ou menus articles dans une grande boîte en fibres de palmier ban ; comme cette boîte est assez fragile, elle est placée sur un fond en bois léger (bougou) auquel elle est fixée par un solide filet en corde.

Hommes et femmes sont munis d’un long bâton ferré qui leur sert au passage des rivières, marais, etc., et pour maintenir le colis en équilibre dans les fourches d’arbres quand ils se reposent.

Dans chaque groupe de dix à douze marchands, il s’en trouve toujours un qui, tout en marchant, carillonne à l’aide d’une baguette en fer sur une clochette double et entonne un chant qui est ensuite répété par toute la compagnie. A l’approche des villages et avant d’y entrer ils annoncent leur arrivée à l’aide de ces clochettes, de flûtes ou de flageolets ; au départ du village la même chose a lieu.