Comme j’étais privé de mon excursion sur la montagne, j’allai visiter la mosquée en compagnie de quelques fidèles, qui ne firent aucune difficulté pour m’y laisser pénétrer.
Cet édifice est carré et a environ 10 mètres de côté ; sa hauteur est de 5 mètres, et les minarets dépassent la terrasse de 3 mètres ; son style est celui des cases bambara. Ses minarets ont la forme de pyramides, et des pièces de bois sont fichées dans toutes les faces pour permettre au marabout de se hisser, les jours de grande fête, jusqu’au sommet et y appeler les fidèles. L’un des minarets est surmonté d’un œuf d’autruche apporté de Djenné.
La disposition intérieure est très simple : deux petits murs divisent la nef en trois compartiments, qui ont chacun une destination spéciale.
Au nord du pic de Lokhognilé habitent les Karaboro, puis les Tourouga ou Tourounga. On a peu de renseignements sur le premier de ces peuples : il ressemble comme type aux Komono, mais parle un idiome qui se rapproche de la langue des Mbouin(g).
Au nord, les Tourounga sont plus connus ; ils se rattachent à la famille des Siène-ré, me dit-on, mais construisent des habitations semblables à celles du Gourounsi. Les gens de Bobo Dioulasou sont en rapport constant d’affaires avec les Tourounga, qui leur vendent, avec les Dokhosié et les Tiéfo, la ferronnerie qui s’exporte de ce marché vers le sud. Ce sont les Tourounga qui ont la réputation d’être les meilleurs forgerons de cette partie du Soudan, ils peuvent rivaliser comme travail avec les Siène-ré du Kénédougou et ceux du Follona de Pégué.
Dans toute cette région on ne désigne plus l’Européen par cette sotte appellation de toubab[47], on nous appelle : lamokho, lounatié, karamokho et surtout nasara. Lamokho signifie textuellement en mandé « homme d’étape, voyageur » ; lounatié veut dire « étranger, homme d’un pays lointain » ; karamokho, « homme instruit » ; et nasara est le mot arabe qui correspond à chrétien. Dans le Ouassoulou on nous appelle aussi foronto (piment) ? Est-ce à cause de nos joues rouges ou de notre violent caractère ?
Une vue à Lokhognilé.
Mardi 14. — En quittant Lokhognilé on se dirige sur une autre montagne granitique moins élevée que celle de Lokhognilé, mais en arrivant à Diarakrou (deux petits villages d’aspect misérable, on change de direction en laissant la montagne au nord, et quelques kilomètres plus loin on atteint Sakédougou, petit village habité par des Mandé-Dioula, et des Dokhosié qui portent le nom de Bambadion-Dokhosié.
Aux cases rondes, en terre ou en paillote, à toit en chaume, succèdent de grandes constructions rectangulaires à véranda. Le toit, qui est incliné, est formé d’une série de fortes branches sur lesquelles on place de la paille disposée perpendiculairement aux branches. La couche de paille est elle-même recouverte de mottes de gazon découpées en forme de rectangle et placées sur la paille, le gazon en dessous.