Ces cases sont spacieuses : elles ont quelquefois 10 mètres de long sur 3 mètres de large ; elles sont confortables, et l’on y est absolument à l’abri du soleil.

Ce village de Dokhosié est entouré de quelques plantations de tabac, de l’espèce dite taba, et possède un troupeau d’une vingtaine de têtes de bétail ; il ne m’a pas été possible de trouver du lait : les Dokhosié ne savent ou ne veulent pas traire les vaches.

Cette contrée est relativement belle, et partout la couche de terre végétale est assez épaisse pour donner de belles récoltes ; malheureusement la densité de la population est faible. La guerre n’a cependant pas dévasté le pays, car depuis que j’ai quitté le Follona je n’ai vu aucune ruine, ni même un village fortifié, mais c’est l’eau qui manque. Partout le sous-sol est constitué de granit, et l’indigène ne peut le percer, comme il perce la roche ferrugineuse, par exemple, dans les environs de Niélé, où j’ai vu des puits de 4 à 5 mètres de profondeur creusés dans la roche.

Certains villages, comme Lokhognilé, s’alimentent en eau à un marigot situé à 2 kilomètres du village ; d’autres, tels que Diarakrou, Sakédougou, etc., boivent pendant toute la saison sèche de l’eau croupie d’un bas-fond, et quelquefois d’une grande excavation de laquelle les indigènes ont extrait la terre pour construire leurs cases : aussi tout le monde sans exception est atteint tous les ans du séguélé (filaire de Médine).

Jeudi 16. — J’ai été hier induit en erreur par mes guides, qui m’ont fait coucher à Diongara, petit village de Dokhosié dans lequel il faisait une chaleur étouffante, au lieu de pousser à 4 kilomètres plus loin et de me faire camper sur les bords du fleuve (branche principale du Comoé) que nous avons atteint ce matin à six heures et demie.

C’est très curieux ! le noir le plus honnête et le plus dévoué que vous puissiez trouver cherche toujours à vous induire en erreur quand il s’agit de camper dans la brousse, même lorsque c’est un très beau campement. Cette répulsion de coucher à la belle étoile ne s’explique que parce que dans les villages l’indigène se fait préparer ses aliments par les femmes du village ; il trouve aussi l’occasion de causer, ce qu’il ne déteste pas, mais le plus souvent c’est la femme qui l’attire.

J’étais d’autant plus vexé que les bords du fleuve ici sont splendides, bien ombragés et surtout très giboyeux. Ce fleuve, qui est le même que celui qu’on traverse avant d’arriver à Lokhognilé, a ici 100 mètres de largeur ; il a reçu la rivière de Léra à quelques kilomètres en amont du gué, et coule vers le sud. Au gué il y a 1 mètre d’eau ; en amont et en aval on voit émerger à la surface de l’eau quelques gros blocs de grès et de granit, mais ils n’empêcheraient pas la navigation d’une embarcation du genre de nos chalands de traite qui remontent le Sénégal. Sur la rive gauche il y a des arbres très hauts et droits d’une espèce que je n’ai pas encore rencontrée. J’en ai vu dont les premières branches ne commençaient qu’à 15 mètres du sol ; les indigènes m’ont dit qu’on utilisait cet arbre pour la construction de pirogues et qu’on le nommait ba-iri (l’arbre des fleuves[48]).

Une heure et demie après avoir quitté les bords du fleuve on atteint Ouasséto, premier village habité par les Komono, autre peuplade à demi sauvage dont je parlerai plus loin.

Dans tous les villages à partir de Fourou, le pilon et le mortier en bois pour réduire le mil en farine ne jouent qu’un rôle secondaire : les pilons sont très légers, et l’on ne pile que d’une main. Les femmes se servent de deux pierres plates pour moudre le grain ; dans le Follona, ces pierres sont mobiles et peuvent se transporter partout. Pour moudre, les femmes sont forcées de s’agenouiller. A partir de Léra, les pierres à moudre sont fixées à demeure sur des établis en terre, de hauteur variable, pour que femmes ou enfants puissent moudre debout et sans fatigue.

La pierre à moudre est connue dans toute l’Afrique, on la trouve jusqu’au Cap. Dans l’Afrique orientale on la nomme merhaka.