Quelques-uns de ces établis sont abrités du soleil et de la pluie par une toiture en chaume. Dans tous les villages j’ai vu des femmes occupées à tailler des meules en granit en frappant sur la partie à rendre unie avec un autre morceau de granit servant de marteau.
Dans l’après-midi je pousse jusqu’à Tanamango, tout petit village caché dans un fouillis de verdure. J’y ai vu des bananiers, citronniers et papayers. Des gens de passage ici, conduisant trois chevaux à vendre à Pégué, m’ont dit qu’il y a fort longtemps que mon arrivée est connue à Kong, mais ils n’ont pas jugé à propos de me dire si j’y serais bien ou mal accueilli.
Vendredi 17. — D’après les instructions de Iamory, ses hommes devaient me conduire jusqu’à Niafounambo, auprès d’un de ses parents qui se nomme Wouintétou. J’arrivai de bonne heure dans ce village, où je fus fort bien accueilli. Dans la soirée il fut décidé que les hommes de Iamory continueraient à me servir d’escorte jusqu’à Limono, résidence de Dakhaba, frère de Iamory.
Niafounambo est un grand village de 6 à 700 habitants. La population est moitié mandé, moitié komono. Quelques Mandé ont des chevaux qui m’ont paru en très bon état.
Autour du village il y a quelques jardinets dans lesquels se trouvent des plants de tabac, quelques papayers et citronniers.
Samedi 18. — Entre Niafounambo et Limono nous avons traversé huit petits villages, et il y en a d’autres à droite et à gauche du chemin. Ces villages appartiennent aux gens de Kong, qui avec leurs captifs créent des villages de culture comme Pégué ; ici ils ne portent plus le nom de togoda, on les appelle konkosou (textuellement village de la brousse, des champs) ; pour les distinguer les uns des autres, on fait précéder le mot konkosou du nom du propriétaire.
Tous ces villages possèdent quelques gros bombax, on voit aussi quelques rôniers, dattiers, palmiers doum, des bananiers et surtout des finsan[49].
En revanche le baobab devient très rare. Le cé et le netté ou néré, sans être très abondants, se trouvent cependant partout.
Dans plusieurs des villages que j’ai traversés, les habitants ont insisté auprès de moi pour me faire camper chez eux : j’ai dû refuser, ayant hâte d’être fixé au sujet de mon entrée à Kong.
Comme il était plus de midi quand j’atteignis Limono, je me bornai ce jour-là à faire une visite de politesse à Dakhaba et à Sabana, frère et fils de Iamory, qui résident tous deux à Limono. Je remis au lendemain matin l’entrevue dans laquelle je devais leur exposer le but de mon voyage : cela me permit d’ouvrir quelques ballots et d’offrir à ces deux personnages quelques cadeaux qui devaient les bien disposer en ma faveur. Dakhaba fut très heureux que je lui demandasse l’hospitalité pour le lendemain ; ainsi que Sabana, il me fit cadeau d’une chèvre et de provisions de bouche.