A Dakhaba, qui est un homme de soixante ans, aveugle et presque paralytique, je fis cadeau de trois pièces d’étoffe, d’un pistolet à deux coups et de deux pistolets à silex. A Sabana, jeune homme d’une trentaine d’années, je donnai un fusil double à silex et quelques menus objets, glaces, perles, rasoirs, porte-monnaie, etc. Ils furent tous les deux très satisfaits de mes cadeaux et m’envoyèrent à plusieurs reprises leurs hommes pour me remercier.
Ma cause était gagnée d’avance, car le lendemain, après les premières paroles échangées, Dakhaba me rassura en me disant que c’était par simple curiosité qu’il me priait de lui dire ce que je venais faire dans son pays, que je pouvais être persuadé qu’il ferait tout son possible pour m’aider.
J’eus avec lui la même conversation qu’avec son frère Iamory ; il parut s’y intéresser, et avant de me quitter il me remit entre les mains de Sabana, qui, dès le lendemain, devait me conduire à Kong. « Je te ferais bien rester un jour de plus chez moi, me dit-il, mais mardi c’est jour de grand marché à Kong, il y vient beaucoup d’étrangers et tu serais obsédé par les curieux ; quand tu auras fait choix d’un bon chemin vers le Mossi, mes frères qui habitent la ville te donneront des guides et assureront ta sécurité sur la route à suivre. »
Lundi 20 février. — Comme il était convenu la veille, je me mis en route en compagnie de Sabana avec tous les souhaits de réussite de la petite population de Limono. Après avoir traversé ou laissé sur les flancs plusieurs petits villages de culture, j’atteignais bientôt une grande plaine découverte. Les approches d’un grand centre se faisaient sentir : partout le bois était coupé dans un rayon de 5 ou 6 kilomètres. Avant d’être en vue de Kong, il n’existe plus le moindre arbuste, les terrains sont incultes, épuisés par plusieurs siècles de culture. A l’horizon on n’aperçoit même pas une ride de collines : la chaîne des montagnes de Kong n’a jamais existé que dans l’imagination de quelques voyageurs mal renseignés.
Arrivés sur les bords d’un petit ruisseau, Sabana fit arrêter mon convoi et dans le sud me montra une ligne de grands bombax et quelques dattiers entre les éclaircies desquels j’aperçus les minarets de plusieurs mosquées et le sommet de quelques toits plats — c’était Kong.
Finsan (Blighia sapida).
1. Rameau florifère. — 2. Coupe du fruit. — 3. Graine avec l’arille noire.
Sabana dépêcha ensuite un de ses hommes vers la ville pour avertir Karamokho-Oulé de mon arrivée. Une demi-heure après, il était de retour, disant que tout était prêt pour me recevoir.