4o Il y a de grands espaces inhabités à traverser ;

5o Le marchand de Kong ne suit que des routes sur lesquelles il peut régler les étapes à 12 ou 16 kilomètres environ, car il porte sur la tête ;

6o Il ne suit que les routes qui appartiennent aux gens de Kong ou à leurs alliés, de préférence celles qui sont jalonnées par des colonies musulmanes ;

7o Autant que j’ai pu m’en assurer, on vend à Salaga aux mêmes prix qu’à Médine, si ce n’est à meilleur marché ;

8o Salaga est distant de Kong de vingt-six jours de marche pour un homme non chargé et de trente-huit jours pour un homme chargé à 25 ou 30 kilos ;

9o La route appartient aux gens de Kong presque jusqu’à Bondoukou, et partout on peut circuler sans armes ; il n’est pas rare de voir une femme seule faire le trajet sans incident.

Si nous portons aux gens de Kong des produits dans le Bondoukou ou à Groumania, dans l’Anno, ils créeront immédiatement une route sûre en envoyant de leurs gens s’établir dans tous les gîtes d’étapes, et abandonneront Salaga, beaucoup plus éloigné que Bondoukou. Nos marchandises sont plus prisées que celles des Anglais et des Allemands : la qualité inférieure de ces dernières ne les fait accepter qu’à défaut d’autres. Toutes mes marchandises sans exception sont de fabrication française et ont été proclamées par tout le monde de première qualité. J’aurais pu vendre, par exemple, tout mon calicot (acheté à Paris, 4 fr. 30, la pièce de 15 mètres) à raison de deux mitkhal d’or (24 francs). Nos comptoirs d’Assinie et de Grand-Bassam sont absolument inconnus. Je n’ai vu qu’un seul homme qui m’a dit qu’à huit jours de marche dans l’est de Mango (Gouénedakha ou Groumania) se trouvait Bondoukou, d’où partaient deux chemins, l’un sur Coumassie, l’autre sur Krinjabo. « Derrière Krinjabo, me dit-il, il y a des Nasara à côté de la mer, mais je ne connais personne qui y soit allé. »

Si nos maisons françaises ont un peu d’énergie, elles créeront des comptoirs à Bondoukou, à Groumania ou dans les environs, et enlèveront ainsi une bonne partie du commerce à Salaga.

Pendant mon séjour ici, j’ai reçu à plusieurs reprises la visite de fils de chefs ou de gens influents établis sur la route de Bondoukou ; ils venaient m’assurer que je serais bien reçu en passant chez eux et que l’on me faciliterait mon départ vers la côte quand je voudrais.


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